« Moi je ne suis pas un bougnoule », « Il faut mettre un vigile noir, entre eux ils ne se contrôlent pas, c’est pour ça qu’il y a beaucoup de vols en France » (Un enseignant du Chesnay)

« Moi je ne suis pas un bougnoule », « Il faut mettre un vigile noir, entre eux ils ne se contrôlent pas, c’est pour ça qu’il y a beaucoup de vols en France » (Un enseignant du Chesnay)
« Moi je ne suis pas un bougnoule », « Il faut mettre un vigile noir, entre eux ils ne se contrôlent pas, c’est pour ça qu’il y a beaucoup de vols en France » (Un enseignant du Chesnay)
Un exemple des propos très graves et discriminants, à caractère raciste, tenus publiquement par un professeur devant des personnels de l’éducation nationale et des élèves au sein d’un établissement scolaire du Chesnay.
Des élèves avaient déjà signalé ces comportements l’année dernière et avaient reçu la réponse suivante de la part de la direction : leur signalement n’est pas recevable.
Cette année, ce sont des personnels de l’établissement qui se sont mobilisés contre les propos à caractère raciste du même collègue, à l’encontre de ses pair·es et des jeunes. Ces personnels ont ainsi créé un collectif contre toute forme de racisme et de discriminations et demandé au chef d’établissement de prendre des mesures pour préserver la dignité de toutes et tous, notamment en s’appuyant sur l’article 40 du Code de procédure pénale enjoignant à tout·e fonctionnaire ayant connaissance d’un crime ou d’un délit de le signaler sans délai au Procureur de la République. Le collectif insistait sur le sentiment d’insécurité ressenti par les personnels et par les élèves, face à cette attitude violente et stigmatisante.
A la suite de ce signalement, quelques personnels, associé·es à la direction, ont cherché à amoindrir la portée des propos de l’enseignant, prétextant un humour potache. Ont suivi des entretiens et des pressions pour dissuader les lanceurs et lanceuses d’alerte de visibiliser ces attitudes stigmatisantes et de se mobiliser.
Au final, face à la détermination des collègues, le proviseur a affirmé avoir signalé au service gestionnaire adéquat le comportement problématique du professeur mis en cause et s’est engagé à ce que celui-ci ne soit plus dans l’établissement à la rentrée prochaine. Une victoire en demi-teinte pour le collectif, puisqu’il s’agissait de protéger non pas les seulEs élèves et personnels de cet établissement, mais tout·e élève et tout personnel en refusant de renouveler le contrat de cet enseignant.
Cette lutte contre la banalisation des propos racistes laisse un goût amer aux personnels de l’établissement : entre l’affichage d’un discours institutionnel contre toutes les formes de discrimination et les actes concrets, il y a un fossé qu’elles et ils ont eu bien du mal à faire franchir au proviseur. Reste à savoir si cet engagement, purement oral, aura une réalité...
Combattre les idées d’extrême droite, y compris dans nos établissements
Cet évènement n’est pas un cas isolé. De plus en plus de situations similaires ont lieu dans notre service public d’éducation, qui pourtant se doit d’être garant du respect des valeurs fondamentales d’égalité et de dignité humaine.
https://www.liberation.fr/societe/education/comment-lantisemitisme-et-le-racisme-frappent-les-etablissements-scolaires-20250314_RMLSLFACLZCX7AKX4QH4S7VVO4/
La discrimination est une violation des droits humains et l’injure raciste est un délit reconnu, que tout·e fonctionnaire doit signaler, a fortiori pour protéger les élèves impacté·es.
Cet exemple nous montre combien il est difficile de qualifier les atteintes racistes et discriminantes : parce que les personnels manquent de formation, parce que l’institution pousse à ne pas faire de vagues, ou parce que les collectifs ont peur de la conflictualité et préfèrent détourner le regard. Ou alors parce que, effectivement, les idées d’extrême droite se sont largement diffusées dans notre institution, conduisant 20% des personnels à voter RN en 2022, contre 3% en 2012.
Comment est-on arrivé.es à cette situation ?
L’extrême droite a saisi l’intérêt de s’emparer de certains médias afin de pénétrer l’opinion publique en diffusant régulièrement des discours discriminants et donc en normalisant les idées et paroles à caractère raciste. L’un des objectifs de cette lutte idéologique est la fragmentation de la société civile et d’empêcher la création d’un véritable collectif.
Les représentant·es de l’Etat jouent également un rôle indéniable dans la banalisation des stigmatisations et des discriminations, instituant un véritable racisme systémique : loi immigration de 2023, chasse aux sans-papier, renforcement des Centres de rétention administrative, incitation des personnels de l’éducation à signaler toute infraction à la laïcité notamment à travers des tenues vestimentaires prétendument communautaires, refus de faire des statistiques permettant de visibiliser les inégalités scolaires liées à l’origine ethnique des élèves, etc.
Les agissements à caractère raciste n’ont pas leur place dans la société, pas plus que dans nos établissements scolaires. Le personnel de l’éducation nationale a un rôle essentiel dans la transmission des valeurs fondamentales de respect et d’égalité. Un·e représentant·e du service public d’éducation ne peut pas adopter une attitude discriminante et stigmatisante, que ce soit par ses discours, par sa pédagogie ou par sa contribution à l’orientation des élèves.
Cette banalisation de paroles racistes ne fait que dégrader un climat scolaire déjà atrophié par le manque de moyens dans nos établissements. Nous ne devons pas resté·es indifférent.es, passif·ves et spectateur·rices face à ce type de propos. Nos mobilisations contre le racisme et contre toutes les formes de discriminations sont indispensables pour les visibiliser et faire prendre conscience de leurs conséquences sur le personnel de l’éducation nationale mais aussi sur les élèves et leur famille. La passivité devant les agissements racistes remet en question également la crédibilité du rôle inclusif et défenseur des valeurs de la République du service public d’éducation. Ces actions sont aussi l’occasion de conscientiser la teneur de ces propos discriminants qui ne doivent en aucun cas devenir une norme, qui plus est provenant de médias de propagande au service de milliardaires.
En tant que personnels de l’éducation, il est urgent d’empêcher la profération des idées, des discours d’extrême droite dans nos établissements scolaires afin de permettre à chacun·e d’être considéré·e et d’évoluer dans un climat respectueux et réellement inclusif.
SUD éducation 78 revendique :
• la mise en place d’une véritable politique de lutte contre le racisme au sein de l’Éducation nationale et d’une formation des personnels à ces enjeux ;
• une école publique réellement émancipatrice et ouverte à tou·tes qui ne discrimine pas, ne domine pas et ne stigmatise pas avec des moyens pour l’éducation prioritaire et les dispositifs d’accueil des élèves étrangèrEs ;
• la délivrance sans conditions de titres de séjour vie privée et familiale pour tou·tes les jeunes isolé·es étranger·es et de tou·tes les élèves dit·es sans papiers, pour l’accès à une scolarisation sans conditions
• la fin des convocations et des sanctions abusives d’élèves accusé·es d’enfreindre la laïcité ;
• l’annulation des sanctions abusives prises contre les lanceuses et lanceurs d’alerte et contre tous les personnels qui ont protesté contre le racisme et les discriminations dans l’Éducation nationale ;
• l’abandon de la politique coloniale et néocoloniale du gouvernement français ;
• l’abrogation de la clause de nationalité pour accéder au statut de fonctionnaire.
Pour compléter :
Quelles actions syndicales et pédagogiques dans nos établissements ?
https://www.sudeducation.org/semaine-contre-le-racisme/
https://www.sudeducation.org/tracts/lutter-contre-le-racisme-dans-leducation-nationale-et-dans-la-societe/
https://www.sudeducation.org/brochure-n94-representations-en-litterature-jeunesse-entrer-en-pedagogie-antiraciste/
Brochure : école et antiracisme https://www.sudeducation.org/tracts/journal-n/

