Collègues Atsem, AESH, AED, contractuel·les : contre les relations de pouvoir entre collègues, toustes à égalité !

Les établissements scolaires sont bien représentatifs du fonctionnement de notre société, catégorisée, stratifiée, hiérarchisée selon les missions, les statuts, les fonctions, parfois même selon les revenus !

Des personnels méprisés et opprimés

Parmi les personnels les plus méprisés et mis à l’écart de notre institution se trouvent les contractuel·les, les Assistant·es d’éducation, les Agent·es territorial·es spécialisé·es des écoles maternelles, les Agent·es d’entretien et de restauration ou encore les Accompagnant·es d’élèves en situation de handicap.

Du fait de leur statut et de leurs missions, ces personnels souffrent de conditions de travail dégradées, où les rapports de domination et d’exploitation sont exacerbés.
Certain·es collègues estiment en effet que ces personnels n’étant pas là de manière définitive, il n’est pas utile de nouer de liens avec elleux. D’autres pensent que les missions des Atsem ou des AESH sont malléables à l’envi, que ce sont les petites mains mises à la disposition de tout le monde (administration, enseignant·es, vie scolaire, etc.). D’autres encore estiment que nos collègues Atsem, AESH ou AED seraient aux ordres des autres personnels, notamment enseignant·es et CPE, qui seraient plus sachant·es en raison de leurs statuts et de leur niveau d’études prétendument plus élevé et leur dénient ainsi toute capacité de réflexion et de proposition et donc toute autonomie d’action.
La relation professionnelle peut s’avérer inégale, fondée sur des rapports d’autorité et de domination qui n’ont pas lieu d’être, surtout pas entre collègues.
Ces relations professionnelles dégradées ont des conséquences importantes sur la santé des collègues : anxiété, épuisement professionnel, isolement, perte de confiance, arrêt de travail. La précarité du statut et la peur des conséquences hiérarchiques empêchent souvent les collègues de parler ou de demander de l’aide.

Les collègues AESH, particulièrement malmené·es dans leurs équipes

SUD éducation 78 s’alarme particulièrement de la manière dont des collègues AESH sont traité·es dans certaines équipes1. Plusieurs situations problématiques ont été portées à notre connaissance et méritent que tous les personnels y réfléchissent, afin d’être plus vigilant·es aux postures professionnelles oppressives et aux relations de travail toxiques, qui vont à l’encontre des relations égalitaires que toustes, nous devrions construire et défendre.

Des coordonnateur·ices d’Ulis qui jouent les petit·es chef·fes (heureusement pas toustes !)
Une grande partie des situations professionnelles mettant en jeu le travail des collègues AESH se construit de manière positive et constructive, valorisant chaque professionnel·le, dans un partenariat de qualité, au bénéfice des élèves et des familles.
Mais il reste trop de situations où la relationnelle professionnelle est vérolée par des rapports de domination insidieux ou, à l’inverse, totalement assumés. Car, dès que l’on croit avoir du pouvoir, on en abuse...
En effet, dans plusieurs dispositifs Ulis de notre département, notre organisation syndicale a été alertée par les collègues AESH qui y travaillaient : démultiplication des tâches, en-dehors du cadre légal régissant les missions des Accompagnant·es ; posture autoritaire des coordos, allant de la surveillance accrue du travail des collègues AESH à la violence verbale ; volonté d’emprise sur l’Accompagnant·e, en lui interdisant tout contact avec le reste de l’équipe ; dénigrement du travail des Accompagnant·es, y compris devant les élèves ; mise à l’écart dans le dispositif ; heures « administratives » imposées sur la pause méridienne, etc. Ces coordonnateur·ices se pensent les supérieur·es hiérarchiques des collègues AESH et semblent faire en cela une mauvaise interprétation de l’expression « sous l’autorité pédagogique des enseignants ». Cette expression renvoie uniquement au fait que ce sont les enseignant·es qui construisent les situations et documents pédagogiques, et non les collègues AESH. Rien d’autre. Nulle relation d’autorité fonctionnelle, nulle relation de hiérarchie où l’un·e donnerait les ordres et l’autre devrait obéir sans rien dire, où l’un·e exploiterait la force de travail de l’autre.
Les collègues AESH sont nos collègues, nos égaux·les.

Des enseignant·es qui font des rapports à la hiérarchie sur les AESH
SUD éducation 78 a également accompagné des camarades AESH en entretien hiérarchique pour découvrir que des enseignant·es avaient transmis des rapports à la hiérarchie pour se plaindre d’AESH, sans essayer d’échanger avec elleux avant : une collègue AESH, par exemple, qui avait été déplacée en maternelle sans son accord, du fait de la mutualisation, disait ses difficultés à travailler avec de si jeunes élèves, alors qu’elle avait l’habitude d’accompagner des lycéen·nes. Des difficultés légitimes, pour lesquelles cette collègue aurait eu besoin de soutien et d’accompagnement, et non pas de transmission d’un rapport à la hiérarchie nourrissant ainsi le #pasdevague qui gangrène notre institution et exacerbe les risques psycho-sociaux au travail.

Des collègues qui nient le professionnalisme et l’auto-organisation des collègues AESH
Dans le même ordre d’idée, certain·es enseignant·es en arrivent à nier l’autonomie et l’auto-organisation des collègues AESH : iels ne pourraient pas communiquer avec d’autres personnels ; jugé·es comme « trop gentil·les », iels n’auraient pas la bonne posture professionnelle ; iels ne pourraient pas utiliser leurs heures connexes2 pour faire des recherches afin de mieux accompagner les élèves, et même, iels ne pourraient pas faire grève sans en parler avant à l’équipe pédagogique !

Toutes ces situations professionnelles sont alarmantes car elles nourrissent des rapports de domination et d’exploitation intolérables à l’égard de nos collègues AESH.
Et lorsque la situation est remontée à la hiérarchie, la conséquence est toujours la même : ce sont les collègues précaires, déjà méprisé·es du fait de leur non-statut et de leur salaire de misère, qui sont déplacé·es dans un autre établissement.
C’est toujours la solution de facilité qui est choisie par la hiérarchie : le déplacement - punitif - des collègues AESH, plutôt qu’un travail de conciliation, de médiation et de remise en question sur le long terme, plus ardu certes, mais le seul à même de reconstruire des relations de travail apaisées durables.

Apprenons à régler nos différends entre pair·es

Il ne s’agit pas là d’accabler les collègues ni de nier les difficultés professionnelles et relationnelles qui peuvent exister dans les établissements.
Il s’agit en revanche de pousser chacun·e à prendre conscience de ce qui se joue dans les relations professionnelles et des risques encourus par chacun·e lorsque la hiérarchie se mêle de nos différends. Toujours, ce sont les collègues les plus précaires, déjà fragilisé·es par leur statut, qui subiront les conséquences les plus violentes : convocation hiérarchique, déplacement, non-reconduction du contrat (et donc chômage), etc.

Contre la saisie des autorités hiérarchiques dont les méthodes finissent toujours par être maltraitantes et de l’ordre de la sanction, SUD éducation 78 appelle les équipes à privilégier le dialogue, à s’inspirer des méthodes de la communication non violente utilisée de manière non oppressive, à se former à la médiation entre pair·es, afin de prendre en charge, de manière safe pour toustes, les différends qui surgissent inévitablement sur nos lieux de travail3. Les coordonnateurices d’Ulis ou les CPE, par exemple, devraient pouvoir entendre les critiques formulées par leurs collègues AESH ou AED et y travailler ensemble, parfois avec la participation d’autres collègues servant de médiation, et ceci sans que les affectations ou les emplois de AED ou des AESH ne soient menacés, ni utilisés comme moyens de pression pour faire taire les critiques. De même, les enseignant·es titulaires devraient accompagner et soutenir leurs collègues contractuel·les à égalité, avec bienveillance et patience, sans sentiment de supériorité du fait de leur statut ou de leur ancienneté, sans aller s’en plaindre aux chef·fes.
C’est pourquoi SUD éducation 78 revendique des heures de concertation sur temps de travail, pour faciliter les échanges dans les équipes, afin que chacun·e se sente pleinement associé·e et reconnu·e dans le travail éducatif et pédagogique.

La construction d’un collectif de travail solidaire et pérenne s’apprend et se construit à force d’échanges et de débats, dans la bonne entente comme dans une conflictualité qui doit se résoudre sans l’intervention de la hiérarchie qui finit toujours par réprimer et sanctionner.