Publié dans Libération, le 26 janvier 2005

Une victoire en bout de course Par Marie-Joëlle GROS (Libération)

Sanction levée pour le « syndicaliste marathonien », qui avait soutenu une grève des pions à Nîmes.

Le marathonien n’aura pas couru en vain. Parti de Lyon le 19 janvier en petite foulée, ce conseiller principal d’éducation a parcouru 460 kilomètres pour arriver hier à Paris, convoqué devant le Conseil supérieur de la fonction publique (CSFP). L’homme, on le sait, a du souffle. Depuis deux ans, Roland Veuillet a déjà effectué plus de 5 000 kilomètres pour dénoncer la sanction disciplinaire qui le frappe : une mutation de Nîmes à Lyon. A l’issue de l’audience d’hier, le CSFP, instance de concertation, a voté à la majorité l’abandon de cette sanction.

Suspension.

Le ministère de l’Education nationale daignera-t-il suivre cette recommandation ? Quoi qu’il en soit, la version de Roland Veuillet a cette fois été entendue. En janvier 2003, il était en poste au lycée Dhuoda de Nîmes quand éclate une grève des pions. Syndicaliste actif, il soutient les grévistes, tous emplois-jeunes. Le mouvement des aides-éducateurs devient national, et préfigure la mobilisation de tous les personnels de l’Education au printemps 2003. Le proviseur du lycée Dhuoda n’apprécie pas que son établissement devienne l’un des bastions de la grève. Quand il réquisitionne du personnel pour remplacer les grévistes au pied levé, Roland Veuillet s’interpose. Le conseiller principal d’éducation est suspendu en février. Il passe en conseil de discipline en avril. Et se voit muté d’office à 300 kilomètres de sa famille.

Jusqu’à hier, tous ses recours administratifs avaient échoué. « Le rapport de forces était fortement déséquilibré, l’administration faisant bloc », souligne Jean-François Fontana, secrétaire national de SUD Education qui l’a défendu hier devant le Conseil supérieur de la fonction publique. « Le CSFP, lui, a retenu l’argument d’entrave à la liberté syndicale. » Par ailleurs, une plainte au pénal a été déposée en novembre contre le recteur de Montpellier.

Médiateur.

Roland Veuillet avait maintes fois demandé l’ouverture d’une enquête administrative. Sans succès. Il avait alors entrepris de courir et le faisait savoir. Ses marathons portaient le nom d’« arbitrairathon ». C’était une façon, explique-t-il, d’« évacuer toute la tension accumulée ». A l’automne, il avait entrepris une grève de la faim sous les fenêtres de François Fillon. Au terme de 38 jours de jeûne (-18 kg), le ministère avait finalement demandé l’intervention du médiateur de l’Education. Ses conclusions, attendues en décembre, ne devraient pas être connues avant fin février : « Il semble qu’il ait levé quelques lièvres », interprète SUD Education. Malgré la victoire d’hier, le ministère peut continuer à faire la sourde oreille. Mais « il vient de prendre une sacrée claque », estime néanmoins le syndicat SUD.