Lycées professionnels : les annonces du Ministre

Suppression des BEP au profit de Bac Pro en 3 ans : le plan social continue

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Les innombrables subterfuges pour ratisser tous les moyens possibles sur le dos de la Fonction Publique ont trouvé un dernier avatar dans l’Education Nationale : le Ministre Darcos vient de transmettre aux recteurs une note datée du 29 octobre, confirmant la suppression accélérée des BEP au profit de Bacs Pros en 3 ans... Ainsi, les élèves perdront le niveau de diplôme de BEP (2 ans), qu’ils pouvaient prolonger par un Bac Pro en 2 ans ; ils devront s’engager directement dans un Bac Pro en 3 ans, soit au total une année de moins - c’est toujours ça de gagné en personnels et moyens d’enseignement !

"La généralisation du parcours en trois ans doit donc être résolument engagée et, dès la rentrée 2008, 45.000 élèves devront être accueillis dans des formations préparant en trois ans au baccalauréat professionnel, ce qui équivaut à 25% des effectifs actuels entrant en formation de BEP", indique le ministre qui avait début septembre exposé les grandes lignes de ces projets, avec une relance des "lycées des métiers" (transcription complète ci-dessous) :

Discours de Xavier Darcos, le 06/09/2007

"Le ministre de l’éducation nationale a présenté le 6 septembre à Châlons-en-Champagne les priorités qu’il entend mettre en œuvre pour rénover et valoriser l’enseignement professionnel :

* l’augmentation du nombre d’établissements labellisés "lycées des métiers" ;

* la définition de diplômes plus lisibles et permettant une meilleure insertion dans le monde du travail ;

* l’adaptation continue des formations proposées aux jeunes dans les établissements.

— > Messieurs les Députés, Messieurs les Sénateurs, Monsieur le Président du conseil régional, Monsieur le Président du conseil général, Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet, Monsieur le Recteur, Mesdames et Messieurs,

Je suis particulièrement heureux d’être aujourd’hui parmi vous dans le cadre de la Foire de Châlons. Les foires de Champagne évoquent à la fois la noblesse d’une longue tradition d’échanges et le dynamisme des innovations qui apparaissent chaque année.

La cité qui m’accueille aujourd’hui a d’ailleurs joué un rôle important dans la mise en place de l’enseignement professionnel et technique en France. En effet, si la première école des Arts et Métiers a été fondée à Compiègne en 1803, elle a été transférée à Châlons dès 1806 à la demande de Napoléon Ier.

Les milieux économiques ayant rapidement pris le relais de cette impulsion étatique, les chefs d’entreprise du XIXe siècle jouèrent un rôle déterminant dans l’apparition d’écoles permettant aux ouvriers d’acquérir les qualifications nécessaires pour accompagner la mécanisation croissante de l’industrie. Ces liens entre enseignement et monde professionnel ont parfois pu se distendre, mais ils n’ont jamais été rompus.

Aujourd’hui, dans notre pays, la voie professionnelle scolarise plus de 710 000 élèves répartis dans 1 700 établissements. C’est une filière importante, puisqu’elle représente plus de 30 % des lycéens français, aux côtés des voies générale et technologique. C’est aussi une filière de réussite.

Alors que les filières générales et technologiques préparent aux études supérieures plutôt qu’elles ne contribuent à l’apprentissage d’un métier, l’objectif de la voie professionnelle est clairement de former les jeunes pour permettre leur insertion professionnelle. Elle y parvient très largement, au prix notamment d’un renouvellement constant et d’une grande attention aux évolutions des métiers. L’enseignement professionnel travaille d’ailleurs en permanence avec les branches professionnelles qui sont directement associées à l’élaboration des diplômes.

L’objectif de réussite et d’insertion mobilise, dans les lycées professionnels, des équipes enseignantes dynamiques, soudées et imaginatives. J’ai encore pu le constater ce matin au lycée des métiers du bâtiment Arago de Reims, où j’ai rencontré des professeurs qui savent donner à des jeunes qui n’avaient souvent pas trouvé leur voie dans l’enseignement général, les moyens d’exprimer leurs talents. Je veux donc profiter de l’occasion qui m’est donnée en cette semaine de rentrée des classes pour saluer le travail de tous les enseignants de l’enseignement professionnel.

Cependant, la voie professionnelle doit relever plusieurs défis :

* Elle doit tout d’abord gagner le combat de l’image afin d’attirer plus d’élèves dans les filières les plus porteuses. Dans les formations du bâtiment, par exemple, il n’est pas rare que de nombreuses places restent vacantes alors que dans ce secteur le marché du travail connaît une "tension" importante puisqu’il faudra remplacer environ 500 000 travailleurs d’ici à 2015. Les formations de l’hôtellerie-restauration, de l’hygiène et de l’environnement connaissent également une relative désaffection alors même qu’il est facile d’obtenir un emploi après avoir réussi l’examen.

* La voie professionnelle doit également s’efforcer de répondre à l’objectif d’offrir une qualification pour tous.

* Enfin, la voie professionnelle doit être plus lisible pour les élèves au moment où ils choisissent leur orientation mais aussi pour les chefs d’entreprise qui les recruteront. Un regard lucide sur l’offre de formation existante permet d’aboutir à ce décompte démesuré : aujourd’hui 213 C.A.P., 35 B.E.P. et 69 baccalauréats professionnels sont proposés aux élèves qui souhaitent se tourner vers la voie professionnelle en fin de troisième.

Cette situation se reproduit localement où des filières de formation trop nombreuses sont proposées au sein d’un même établissement. Dans ces conditions, les familles sont confrontées à une information imprécise et ont bien du mal à aider leurs enfants d’autant plus que les noms des diplômes ne sont pas toujours explicites, ni même attrayants : le B.E.P. R.O.C.S.M. (réalisation d’ouvrages chaudronnés et de structures métalliques), le baccalauréat professionnel M.A.E.M.C. (maintenance des appareils et équipements ménagers et de collectivité)

Pour relever ce triple défi, il convient de valoriser enfin la voie professionnelle en mettant en œuvre trois priorités.

Il faut tout d’abord augmenter le nombre d’établissements labellisés "lycées des métiers".

Ce label "qualité", créé par Jean-Luc Mélenchon, présente en effet plusieurs atouts :

Il permet de mieux identifier les caractéristiques d’un établissement en resserrant l’offre de formation autour d’une ou deux filières professionnelles. Je pense par exemple au lycée des métiers du bâtiment, au lycée des métiers des services à la personne, ou encore au lycée des métiers de la plasturgie, de l’industrie.

Il permet également de favoriser l’intégration des différents publics. Le lycée professionnel a, en effet, vocation à accueillir en son sein des apprentis - et je souhaite d’ailleurs que des sections d’apprentissage puissent s’ouvrir en E.P.L.E. -, des adultes en formation dans le cadre des GRETA, des candidats à la validation des acquis de l’expérience et, bien entendu, des élèves qui profitent de l’expérience et des échanges avec des camarades issus d’horizons différents. Jouer la carte de l’apprentissage et de la formation d’adultes permet d’augmenter de manière significative le nombre des élèves, de faire connaître le lycée et de nouer des liens plus étroits encore avec le monde professionnel.

Le lycée des métiers permet enfin de multiplier les passerelles entre la voie professionnelle et la voie technologique ou même vers les études supérieures. J’ai d’ailleurs demandé récemment aux recteurs d’académie de donner sa pleine mesure à l’une des dispositions centrales de la loi Fillon : le droit d’accès en section de technicien supérieur pour ceux qui ont obtenu une mention bien ou très bien au bac pro.

Il y a actuellement 350 lycées des métiers en France. Ils symbolisent l’excellence de la filière professionnelle et c’est pour cette raison que je veux doubler leur nombre en trois ans.

Il faut également réfléchir à l’offre de diplômes.

L’évolution et l’adaptation permanente des diplômes sont inhérentes à la nature même de l’enseignement professionnel. Chaque année, des diplômes sont rénovés : certains sont supprimés, d’autres sont créés. Leur nombre total est important puisque l’éducation nationale délivre aujourd’hui 450 diplômes à caractère professionnel.

Pourtant, les branches professionnelles sont parfois amenées à créer leurs propres titres : les certificats de qualification professionnelle. Il semble que ce mouvement ait eu tendance à s’accroître aux cours des dernières années.

Par ailleurs, il est certain qu’un jeune qui sort aujourd’hui diplômé de l’enseignement professionnel français n’exercera pas le même métier, avec les mêmes qualifications, tout au long de sa carrière.

Enfin, un certain nombre de branches professionnelles ne recrutent plus qu’au niveau du baccalauréat professionnel et plus du tout au niveau du B.E.P. C’est notamment le cas aujourd’hui dans les métiers du secteur tertiaire. Ainsi, pour trouver un emploi dans le domaine de la comptabilité ou du secrétariat il faut au minimum un niveau IV de formation.

Ce triple constat indique qu’il y a probablement quelque chose à repenser dans nos structures de diplôme car, si la Nation doit permettre aux jeunes de trouver un emploi à la sortie de l’école, elle doit également les rendre capable de s’adapter aux changements et aux évolutions professionnelles auxquels ils seront confrontés.

La rénovation de l’offre de diplômes professionnels devra répondre à une double exigence : les diplômes devront être plus lisibles et surtout permettre l’insertion professionnelle et l’adaptation aux mutations du monde professionnel.

À mes yeux, le baccalauréat professionnel est un véritable baccalauréat et doit donc être valorisé. C’est pour cela qu’il doit être préparé comme tous les autres baccalauréats, c’est-à-dire en trois ans, après la classe de troisième. D’ailleurs, dès cette rentrée, 10 000 jeunes engagent la préparation d’un bac pro en trois ans.

La rénovation de l’offre de diplômes professionnels est un chantier important qui implique une étroite concertation avec l’ensemble des acteurs concernés et en particulier avec l’ensemble des branches professionnelles que j’ai l’intention de réunir avant la fin du mois d’octobre.

À l’occasion de cette réflexion collective sur l’offre de diplômes professionnels, je souhaite qu’une attention toute particulière soit consacrée aux modalités de leur obtention. Aujourd’hui les élèves préparant un C.A.P., un B.E.P. ou un baccalauréat professionnel doivent se soumettre à des examens terminaux qui ont lieu deux ans après le début de leur cycle de formation. Pourtant les compétences s’acquièrent progressivement et il serait peut-être préférable que la validation des connaissances soit elle-aussi progressive, tout au long de la scolarité. Des expériences de ce type ont été menées en Suède ou en Angleterre et ont donné des résultats intéressants. Pourquoi ne pourrions-nous pas nous aussi réfléchir à l’adoption d’un système d’acquisition des diplômes par modules ?

Enfin, il faut adapter de façon continue les formations proposées aux jeunes dans les établissements.

L’offre de formation doit évoluer pour répondre plus efficacement aux besoins locaux tout en permettant aux jeunes diplômés de trouver un emploi à proximité de leur lieu de résidence. Je souhaite que les régions et les services de l’État puissent établir, conjointement et dans le respect des prérogatives de chacun, des plans régionaux de développement des formations qui tiennent compte de cette double exigence.

Je vais prochainement demander à tous les recteurs d’académie d’engager une réflexion sur cette question. Ils seront chargés de réaliser des études sur les besoins en main-d’œuvre dans les prochaines années et de d’établir des plans d’évolution pluriannuels des cartes des formations en concertation avec les conseils régionaux.

Ces plans favoriseront l’insertion des jeunes et permettront de fiabiliser les prévisions d’emploi. Ils contribueront enfin à répondre aux besoins des territoires ainsi qu’à ceux des acteurs économiques.

En définitive, les maîtres-mots de la valorisation de la voie professionnelle sont peu nombreux et propres à fédérer les énergies : insertion, intégration des différents publics, identification des établissements et des diplômes, innovation, initiation aux métiers.

Forte de ces préceptes, la rénovation de la voie professionnelle a des objectifs clairement établis. Il s’agit de faire naître des vocations, notamment chez les élèves qui n’ont pas de projet d’avenir précis. Il s’agit aussi de réduire au moins de moitié dans les années qui viennent le nombre de jeunes qui quittent le système scolaire sans qualification. En rénovant l’enseignement professionnel français, nous donnerons aux jeunes Français des garanties pour leur avenir et nous leur donnerons les moyens d’exprimer leurs talents dans un cadre de travail épanouissant.

Je vous remercie."