Non au décret sur l’évaluation ! Non à une évaluation des enseignants encore plus arbitraire !

Contrairement à ce que suggère le Ministre de l’Éducation, le projet de décret sur les nouvelles modalités d’évaluation des personnels enseignants, d’éducation et d’orientation est bel et bien bouclé et n’attend qu’une date pour passer. Il doit s’appliquer dès la rentrée prochaine (2012).

Au nom de nouvelles « missions éducatives », le ministère veut individualiser les rémunérations et avancements à partir d’indicateurs de performances (« sait faire progresser l’élève ») interprétés par le chef d’établissement, dont il sera bien difficile de contester l’application arbitraire.
Rien n’est dit sur ce qui donnerait soudainement à un chef d’établissement les compétences pour apprécier la pédagogie des enseignants mais la qualité de l’enseignement n’est pas le souci de nos autorités : ils l’ont montré dans leur casse de la formation initiale.
En guise de carotte, il distribuera, selon son bon vouloir, des mois de réduction de l’ancienneté nécessaire pour accéder à l’échelon supérieur, à raison de 250 mois tous les 3 ans pour 100 profs du même corps qu’il a à évaluer (maximum de 5 mois sur 3 ans pour 30% des profs concernés, de 2 mois sur 3 ans pour 50% des profs concernés).
De quoi augmenter la pression hiérarchique sur les personnels et instituer la mise en concurrence entre collègues mais aussi réaliser toujours plus d’économies sur notre dos, dans le meilleur des cas, l’évolution de carrière sera sensiblement ralentie par rapport à la situation actuelle.
Cela montre au passage à quel point la hausse de salaire annoncée pour le début de carrière des nouveaux enseignants (alors que l’année de formation rémunérée avec service réduit a été supprimée) est une poudre aux yeux au service de la communication gouvernementale.
Soumis à « une démarche d’auto-évaluation » permanente, chacun sera tenu d’intérioriser une obligation de résultats avant d’être sanctionné, selon une procédure de management désormais standardisée, par son supérieur hiérarchique direct lors d’un entretien professionnel tous les trois ans.
La violence au travail et ses conséquences sur la santé des personnels (stress, dépression, burn-out) liées à ce mode de gestion sont bien connues (exemple de France-Télécom).

Ce projet n’est à vrai dire qu’une étape du vaste programme de soumission de l’école au modèle de l’entreprise et aux impératifs du marché. La déqualification du métier d’enseignant au profit d’un « référentiel de compétences » permet ainsi la constitution pour tout enseignant d’un « portefeuille de compétences dématérialisé » (BOEN n°13 du 31 mars 2011) indiquant son employabilité dans le cadre d’une autonomie accrue des établissements et d’un renforcement des pouvoirs du chef d’établissement en matière de recrutement (programme ÉCLAIR).
De même, l’obligation de performance introduite par la LOLF (Loi Organique relative aux Lois de Finances) en 2001, et la culture du résultat entretenue par divers palmarès et indicateurs de rendement (PISA) liées à la suppression de la carte scolaire, soumettent l’école à une logique concurrentielle de marché et développent un rapport consumériste au savoir ainsi qu’une frénésie pathologique d’évaluation.

Nous sommes contre l’évaluation actuelle qui s’appuie sur des rapports hiérarchisés : que ce soit par le chef d’établissement (notation administrative dans le 2nd degré) ou par l’inspecteur (notation pédagogique). Elle ne peut être qu’arbitraire et infantilisante : pour avoir une « bonne note », il faut suivre les ordres, sans se poser de questions.
En fait, notre le travail d’enseignant n’est pas évalué : le chef d’établissement nous évalue sur des critères arbitraires (ponctualité/assiduité – activité/efficacité – autorité/rayonnement) tandis que l’inspecteur ne vient que tous les 5 à 10 ans sur une seule heure de cours (pendant laquelle on est censé être évalué sur l’ensemble de notre pédagogie !). Il se permet ainsi de juger notre travail avec les élèves alors que lui-même n’est plus enseignant depuis souvent fort longtemps.

Mais le nouveau système que l’on veut nous imposer est encore pire que l’actuel.
C’est pourquoi nous demandons le retrait pur et simple de ce projet de décret, ainsi que la remise en cause de ce type d’évaluation pour pour tous les personnels qui y sont déjà soumis (notamment les personnels administratifs, sociaux et de santé).