Le Courrier de Mantes - 16/02/05

Les lycéens restent mobilisés contre la loi Fillon Francine Carrière, journaliste au Courrier de Mantes

Dans le Mantois et le Val de Seine. [Compte-rendu du Courrier de Mantes de notre rassemblement du 12/02 à la mairie de Mantes et de la mobilisation lycéenne sur le Mantois pour le 15/02]

Mardi, à l’heure où l’assemblée nationale examinait le projet de loi d’orientation de l’école, les lycéens de la région battaient le pavé parisien. Lundi, ils se préparaient pour une forte mobilisation.

« C’était impressionnant. La manifestation s’étendait de République jusqu’à Bastille. Je ne pensais pas que nous serions aussi nombreux. A la radio, ils ont parlé de 15 000 manifestants. Je pense que nous étions bien plus », raconte Julie, 17 ans en terminale au lycée Villon. Jeudi, c’était sa première grande manif lycéenne.

Comme beaucoup de ses camarades, elle a été surprise par la mobilisation de son établissement jeudi dernier : « Dans ce lycée où personne ne bouge, nous étions deux cents à Paris ».

Manipulée par les profs, Julie ? : « Non pas du tout. On a discuté entre nous à partir des informations que l’on avait et l’on a décidé d’y aller sans que personne ne nous pousse. Simplement, les conseillers principaux d’éducation nous ont promis que notre absence ne serait pas sanctionnée ».

Motif de cette colère lycéenne : la suppression des travaux personnels encadrés, la réduction des options, l’éducation physique et sportive qui, elle, deviendrait facultative : « J’étudie trois langues dont l’italien. Je fais aussi du latin. A l’avenir, un élève qui voudra apprendre ces matières sera obligé d’aller dans un lycée très éloigné de chez lui. Ça ne sera accessible qu’à ceux dont les parents ont les moyens », explique une élève. Sur le contrôle continu, les avis sont plus mitigés.

Mantes entre dans le mouvement

Autre inquiétude : l’avenir des filières technologiques, STT et SMS, qui entreront dans un parcours d’enseignement général plus sélectif.

« C’est pas une réforme pour les élèves. C’est une réforme parce qu’ils veulent faire des économies », résume Fanny, 17 ans. Sentiment partagé par la grande majorité de la communauté lycéenne.

Malgré le recul de François Fillon qui retire la réforme du bac, la mobilisation ne faiblit pas. Au contraire, cette première victoire semble avoir donné de la vigueur au mouvement de protestation.

A Mantes-la-Jolie, la mobilisation a été un peu plus tardive. Mais dès lundi matin, les élèves distribuaient des tracts devant les grilles du lycée Saint-Exupéry pour appeler les lycéens à participer à la grande journée de mardi. « Nos classes débordent, nos options sont menacées, notre bac perd de sa valeur » : voilà résumé les motifs de la colère estudiantine. Rassemblement prévu devant le lycée à 12 h 30 pour rejoindre le mouvement national à Paris.

Les enseignants de Saint-Exupéry qui s’étaient mobilisés dès la rentrée de septembre pour dénoncer le manque de moyens seront également au rendez-vous. Ils ont fait les comptes : « En quatre ans, pour 24 élèves de moins tous niveaux et toutes sections confondus, le lycée aura perdu 163 heures d’enseignement hebdomadaires, soit l’équivalent de quatre classes », expliquent-ils.

Journée test

Samedi, à l’appel du syndicat Sud-Education, une quarantaine d’enseignants, accompagnés de quelques parents d’élèves et de lycéens se sont rassemblés devant la mairie de Mantes-la-Jolie. Petite manif sous la pluie en attendant la grande : « La rentrée prochaine s’annonce avec de nombreuses fermetures de classes, des suppressions de postes aux dépens de l’encadrement et de la sécurité des élèves. Nous refusons cette logique globale qui se traduit par la remise en cause du service public », souligne Vincent Smith, le représentant de Sud-Education.

« Les gens attendent qu’il se passe quelque chose. Ils veulent un mouvement bien préparé car après un mois et demi de grève en 2003, ils sont échaudés », poursuit-il.

A ce titre, la journée d’action de mardi sera un véritable test. Après un temps de flottement, elle s’annonçait unitaire avec un grand défilé allant de République jusqu’à Denfert-Rochereau, puis à partir de 18 heures une fête sur la place de la Bastille à l’initiative de la FSU et des enseignants d’éducation physique : mur d’escalade, trampoline, rollers, mais aussi musique, soupe à l’oignon et prises de parole au menu.

Le Mantois y était largement représenté. Un DJ de Mantes-la-Ville et un groupe de rock de Mantes-la-Jolie étaient à l’affiche de cette action baptisée « nuit blanche de la loi Fillon ».


Les TOS : « C’est le flou sur notre avenir »

On en parle moins. Leur sort ne dépend pas la loi d’orientation sur l’école, mais de celle sur la décentralisation déjà votée. Et pourtant, les TOS, les personnels non-enseignants de l’Education nationale, cuisiniers, agents d’entretien ou de maintenance, sont aussi très inquiets pour leur avenir. Normalement à la rentrée prochaine, ils passeront de la tutelle du ministère de l’Education nationale à celle de la région.

Franck, qui travaille depuis 10 ans comme agent au collège de la Vaucouleurs à Mantes-la-Ville, participe lui aussi au mouvement.

« Le rectorat ne nous donne aucune information. Nous ne savons pas du tout comment le transfert entre l’Etat et la région va se dérouler. On entend dire que la région n’est pas prête à nous accueillir parce que le transfert de moyens n’a pas suivi le transfert de charge », explique-t-il.

« Nous avons le sentiment d’être tenus à l’écart. On ne sait rien sur la répartition du temps de travail, la mutuelle, les possibilités de mutation. On essaie de nous rassurer en nous disant que ce sera la même chose. Alors pourquoi décentraliser ? » s’interroge Franck.

Le maintien des TOS au sein de l’Education nationale fait partie des revendications des syndicats Sud-Education et FSU.