Publié dans le Courrier de Mantes, le 17 sept. 2003

Les enseignants solidaires des personnes âgées Par Amanda Petitgrand, journaliste au Courrier de Mantes

Une proposition de Sud Education

Epuisés par les grèves de mai et juin, les profs ne sont pas prêts à relancer le mouvement sous la même forme. A Jean-Rostand, Sud Education propose de verser leurs prélèvements pour cause de grève à une caisse de solidarité pour les personnes âgées.

Vincent Smith, professeur d’anglais au lycée Jean-Rostand et militant à Sud Education, s’est engagé dans la grève dès le 6 mai. Aujourd’hui, il ne donne plus la priorité à cette action : « La grève est un outil à manier délicatement. Quand nous avons débuté le mouvement, nous ne nous attendions pas à ce qu’il dure aussi longtemps. Le gouvernement a délibérément laissé pourrir la situation ».

Les enseignants sont choqués par la volonté du gouvernement d’appliquer un mode de calcul des jours décomptés, incluant les week-ends : « Pendant les journées de grève, nous passions beaucoup de temps dans les AG, à développer le mouvement interprofessionnel. Mais nous n’avons pas pour autant négligé nos élèves. J’ai préparé des polycopiés pour les terminales. Les épreuves du Bac se sont déroulées normalement ». Vincent Smith a même envoyé ses notes par lettre à chacun des trente élèves, les bulletins étant partis avant qu’il n’ait eu de le temps de les remplir.

Dans ce contexte, les enseignants ont été révoltés par l’image de leur profession que leur renvoient les médias. Ils ne sont pas prêts à repartir en grève dans les mêmes conditions : « Nous voulons prendre du temps pour construire et consolider les réseaux interprofessionnels. Nous sommes aussi heureux de reprendre notre travail. Nous aimons notre métier et nos élèves. Je travaille depuis huit ans à Rostand, je pourrais changer de lycée mais je m’y sens bien. Notre colère n’est pas contre les élèves mais contre la hiérarchie qui remet en question la notion de service public ».

Le syndicat Sud Education est un syndicat non hiérarchisé qui privilégie l’action de terrain et ne fait pas des adhésions une priorité. Il regroupe huit syndicalistes à Jean-Rostand sur un total de près de trente adhérents dans le département. Pour le moment, Ils souhaitent se mobiliser sur des actions originales : « Nous voulons nous aussi communiquer. Nous devons trouver d’autres moyens pour diffuser nos revendications et contrer le discours univoque du gouvernement ». Ils ont aussi décidé d’écrire au Ministre de l’Education nationale et au recteur : « L’Education nationale ne perd pas d’argent lorsque nous sommes en grève. Nous voulons que cet argent profite aux services publics. Nous leur demandons de verser les prélèvements effectués sur nos salaires pour faits de grève à une caisse de solidarité pour les personnes âgées. Pour le mois d’août, mon salaire a été diminué de près de 600 euros. Les prélèvements sont arbitraires et diffèrent selon les académies ».

Ils espèrent que leur initiative sera imitée par d’autres enseignants, syndiqués ou non : « Nous devons réfléchir à des actions efficaces. On ne veut pas s’épuiser à passer des journées devant le rectorat sans but précis ». Ces actions symboliques n’excluent pas pour autant l’idée d’une grève : « Mais elle sera interprofessionnelle et ne se limitera pas à la question de l’Education nationale ».