Publié dans Le Parisien (Yvelines), 8 déc.2004

Le lycée va être truffé de caméras Article de Christian Thomas, Le Parisien

[Cet article a été écrit par le journaliste du Parisien C.Thomas suite a une soirée à l’Agora de Mantes que nous avons organisée le 30 nov. 2004 avec DECIL et "Souriez vous êtes filmés" ; le témoignage qu’il relate a été recomposé par lui d’après ses notes au cours de la soirée (et non lors d’un entretien direct), et comporte quelques inexactitudes-VS]

LE LYCÉE d’enseignement professionnel Jean-Rostand de Mantes-la-Jolie joue la carte de plus de sécurité. Dès la fin des vacances d’hiver, en janvier 2005, les absences et les retards seront contrôlés par un crayon optique, semblable au système qui permet de lire les codes-barres dans les grandes surfaces. Huit mois plus tard, à la rentrée de septembre, c’est une centaine de caméras vidéo qui viendront renforcer la surveillance.

« Nous cherchons surtout un effet dissuasif, explique Catherine Marsaleix, proviseur de cet établissement important. « Nous accueillons 1 200 élèves et nous devons surveiller cinq bâtiments répartis sur 20 000 m 2 . La topographie n’est pas facile avec des recoins partout. Je suis responsable de la sécurité des personnes, des élèves, du personnel, des enseignants et des biens. Nous constatons des extincteurs percutés, des dégradations, des tags, des intrusions extérieures. Des fumeurs parviennent à s’isoler pour ne pas être repérés. Ces caméras auront cet effet dissuasif. Je ne sais pas combien il y en aura à terme. Les premières études réalisées par l’Apave, un bureau d’études, font état du besoin d’une centaine de caméras. Maintenant, reste à savoir combien la région Ile-de-France va en financer. Peut-être l’implantation se fera-t-elle en plusieurs tranches comme cela a déjà été réalisé au lycée Viollet-le-Duc à Villiers-Saint-Frédéric », ajoute le proviseur. En revanche, Catherine Marsaleix dément une baisse des effectifs de surveillants. « Nous sommes en ZEP (zone d’éducation prioritaire), nous sommes mieux dotés que d’autres lycées. J’ai obtenu l’an dernier un demi-poste supplémentaire. Ce sont les aides-éducateurs qui ne sont pas remplacés, comme partout ailleurs. »

Lors du dernier conseil d’administration, seuls les enseignants se sont opposés à cette décision, parents, élèves et personnel technique ayant voté positivement. « Le proviseur avait réuni avant chaque groupe séparément pour développer ses arguments, dénonce un enseignant. » C’était du genre « des caméras, il y en a bien dans les hypers et personne ne les remarque. Personne ne sait combien il y aura de caméras, si elles seront placées dans les couloirs, les salles de classe. Quand on lui a fait remarquer qu’il y avait aussi des problèmes dans la rue, devant le lycée, elle a répondu que ce n’était plus de sa compétence ». Si l’installation du crayon optique qui contrôlera les présences et absences des élèves au retour des vacances de Noël est financée par des crédits de la politique de Ville sur des fonds interministériels, la vidéosurveillance sera à la charge de la région Ile-de-France et de fonds du lycée.

LE TEMOINS DU JOUR

Vincent : « Les caméras ne remplaceront jamais les éducateurs »

« VOULOIR imposer par la force des caméras de vidéo dans le lycée, c’est contraire à la pédagogie que nous développons auprès des élèves. Nous avons notre propre système de sanctions, et c’est là-dessus que repose notre autorité de base. Elle n’est pas fondée sur la peur, mais sur la justice, la réflexion. C’est un contrat social avec nos élèves, surtout dans un établissement comme le nôtre qui accueille des élèves de différents milieux et de différents niveaux scolaires », explique Vincent, enseignant et représentant syndical de Sud-Education. « Au cours du conseil d’administration qui a entériné cette décision, nous avons appris la suppression d’un poste d’aide-éducateur et le non-remplacement des surveillants pendant les arrêts maladie. Les caméras ou le crayon optique ne remplaceront jamais les éducateurs. Et jusqu’à preuve du contraire, la vidéosurveillance n’est pas la panacée contre la délinquance. C’est même un défi qui incite les élèves à trouver la parade, ils vont mettre des bonnets ou des capuches. Il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé récemment au collège de Limay. Les caméras n’ont pas empêché un inconnu de provoquer un court-circuit qui a mis hors service les alarmes, le chauffage et a grillé par la même occasion 36 ordinateurs des salles d’informatique. »