17 et 18 mars 2005

Intersyndicale "Femmes"

Jeudi 17 mars au matin : Les Femmes et l’Europe

Après une intervention de M. Husson très générale sur les politiques de l’emploi en Europe depuis Barcelone, cette dernière a été reprise et approfondie par C. Marty ( Attac et Sud Energie ) sous l’angle du non à la constitution européenne, sur les raisons qui font que ce texte est nocif pour les femmes.

Tout d’abord parce que l’égalité femmes/hommes ne figure pas dans les valeurs de l’Union Européenne ( = UE ) qui se trouvent listées dans la première phrase de l’article 2 mais seulement dans la description des sociétés européennes ( phrase 2 du même article ). Si elle constitue bien un objectif, c’était déjà le cas avant. Tout un arsenal juridique existe déjà, la difficulté est de l’appliquer ! Enfin rien de concret n’est prévu sauf une loi-cadre qui devra être adoptée à l’unanimité. Seul le droit à la concurrence bénéficie d’interdictions.

Ensuite des droits sont absents de cette constitution comme ceux à la contraception, à l’avortement, au divorce, à une libre orientation sexuelle ... ( mais pas celui au mariage ). C’est d’autant plus inquiétant que ces droits sont menacés : ainsi l’Andorre vient de perdre le droit à la contraception à cause des évêques. L’article 52 reconnaît par contre les Eglises comme des institutions à part entière qui peuvent être consultées. De plus, le droit à l’emploi ne figure plus dans ce texte, on n’y parle pas du chômage, le Smic n’est pas reconnu ...
Enfin une politique libérale apparaît dans ce texte qui fragilisera plus les femmes ( 80% des travailleurs pauvres sont des femmes ).

- l’égalité n’est pas envisagée comme progressiste ( exemple de travail de nuit étendu aux femmes au nom de l’égalité ) ; le fait que les femmes font une double journée est entérinée par le fait que le taux d’emploi des femmes souhaité est de 60% alors qu’il est de 70% pour les hommes

- le travail à temps partiel est vu comme permettant une diversification des contrats, c’est-à-dire comme la disparition du CDI au profit de CDD correspondant aux besoins de l’employeur

- le développement des services aux personnes est envisagé mais pas par des services publics et pas par des personnels qualifiés ( ces services sont vus comme l’extension des qualités innées des femmes )

A VOIR l’article 205 qui incite à la mobilité des salariés, le 209 qui donne la priorité à l’amélioration de la compétitivité au lieu de celle des conditions de vie et le 131 qui prévoit la coopération des Etats membres pour le bon fonctionnement du marché en cas de guerre !

Débat

A noter, l’intervention du SNUIPP : étendre au-delà du référendum les critiques sur les politiques européennes sur l’égalité professionnelle, politiques qui envisagent la conciliation du temps professionnel et du temps des tâches domestiques que pour les femmes ; rien n’est dit sur le partage des tâches

Jeudi 17 mars l’après-midi : La Place des Femmes dans l’Emploi et les Stratégies Syndicales

Intervention de la militante belge : Elles ont fait adopter une charte à trois gros syndicats sur le thème de l’égalité femmes/hommes.

Intervention de la militante basque : Beaucoup de conflits dans des secteurs très féminisés où les temps partiels et les conditions de travail sont très mauvaises ; leur stratégie est d’informer les femmes et d’appuyer leurs revendications par un rapport de force qui leur soit favorable ; la lutte pour une autre société est le second axe de leur politique avec la lutte pour les droits des salariéEs

Intervention de la militante italienne : mêmes problèmes que partout, celui du temps partiel ; de plus, une partie des salaires en primes dont ne peuvent bénéficier les femmes enceintes, les femmes à temps partiel car on ne leur donne pas étant donné leur plus faible présence dans les entreprises.

A NOTER : Dans le cadre d’une loi sur l’infertilité et la procréation assistée un statut vient d’être reconnu à l’embryon, un tuteur qui n’est pas la mère pourra être nommé, référendum en juin = un mauvais exemple pour l’ Europe si adopté.

Intervention de la militante anglaise : Des femmes syndicalistes ont fait adopter une charte il y deux ans, elle a été signée par 12 syndicats ; cette charte, elles voudraient la faire adopter dans les quartiers ; ces dernières essayent de créer des ponts entre les féministes et les syndicats ; la situation des femmes, en effet, n’est pas très reluisante : la droite les ignore et la gauche priorise la lutte des classes, le gouvernement, quant à lui, refuse de les envisager comme un groupe qui partage les mêmes caractéristiques mais comme des individues diverses, il veut d’ailleurs abolir toutes les commissions qui oeuvrent pour l’égalité.

Débat

A noter, l’intervention de SUD ANPE : pour changer la place des femmes dans les syndicats, il faut aussi changer leur fonctionnement ( direction collégiale, rotation des mandats ... ), il faut savoir aller à l’affrontemnt quand nécessaire ; à noter aussi l’intervention italienne qui remet en cause l’idée que la réduction du temps de travail toute seule permettra un plus grand partage des tâches, c’est plus compliqué que cela.

Vendredi 18 mars ( matin ) : Hommes / Femmes, un rapport différencié au temps ( vie professionnelle, vie privée, engagement militant )

1 ) Problèmes de la RTT actuelle :

- 83% des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes,

- le temps professionnel des femmes est toujours moindre que celui des hommes, même si emploi à temps complet ( moins 6 heures ), pire quand enfants,

- stigmatisation de celles qui travaillent à temps partiel ( moins de primes, de promotions ),

- lois Aubry rendu temps partiel moins attractif ; ont favorisé le temps partiel "choisi" mais ce sont les femmes qui le prennent le plus pour les enfants ou s’occuper des personnes âgées de leur famille,

- nouvelle inégalité générée, notamment pour les femmes dont les postes sont le plus précaires : elles ont vu leurs conditions de travail se dégrader,

- inégal partage des tâches domestiques renforcé par la RTT car plus de temps pour ménage et ce travail plus invisible puisque les enfants et les maris ne sont pas là pour le voir.

DONC RTT NECESSAIRE MAIS PAS SUFFISANTE.

Débat

Beaucoup de témoignages notamment dans la Vente par Correspondance : amplitude des journées de travail ( quelques heures le matin et ensuite le soir ), problème des temps de transport, pression sur les femmes seules avec 3 enfants pour qu’elles acceptent l’impossible ; problème de l’intensification du travail due aux 35 heures.

2 ) Femmes / Syndicalisme

Quelques chiffres :

2 millions de syndiqués ( 70%hommes et 30%femmes ) mais les femmes ne se désyndicalisent pas ; 500 000 responsables syndicaux ( 80% d’hommes et 20% de femmes ) : donc accession à la citoyenneté dans les lieux de travail non réalisée, accession à la citoyenneté non plus.

Entretiens auprès de responsables syndicaux de la région Midi-Pyrénées ( CGT, CFDT, SUD ; refus de FO ) :

- Tous affichent des principes mais leur mise en oeuvre est difficile. Ainsi il n’y a aucun chiffre sur la présence des femmes et des hommes dans le syndicat, par conséquent des stratégies de lutte contre les inégalités sont difficiles à mettre en oeuvre. En fait, ils sont ambivalents de par l’histoire du syndicalisme ( qui a longtemps vu les femmes comme des concurrentes ) et de par leur vision qui est restée traditionnelle, les revendications sont par conséquent diluées dans des mots d’ordre très généraux ou sont très spécifiques. De plus, ils ne disent rien sur le
quotidien.

- Les hommes ont du mal à céder la place.
Les syndicalistes ont pour idéal une figure de militant désincarné : un homme qui n’a pas de famille. Donc on ne parle jamais de ces problèmes, on ne les prend jamais en considération car ils ne concernent que les femmes.

Entretiens avec des femmes responsables syndicales : comment font-elles ?

- Volonté d’échapper à l’envahissement syndical : elles s’auto-limitent dans le temps, l’espace, les responsabilités ; donc elles culpabilisent et compensent par plus de travail.

- Enchevêtrent les temps : le temps ménager est pris sur ceux de repos, de repas, d’intimité, de temps pour soi ( elles surveillent les devoirs tout en préparant les devoirs par exemple ), d’où des tiraillemnts, des frustrations, de la culpabilité ( "mauvaise mère, mauvaise syndicaliste" ).

- Pus simple quand un conjoint-ressource qui prend en charge des tâches quitte à ce que ses amis masculins le lui reprochent ( c’est un traître ) ou qu’il soit incompris sur son lieu de travail.

- Recherchent un temps professionnel plus souple.
Ce sont des stratégies coûteuses : elles perdent du temps de travail ( temps partiel souvent ), du salaire donc et la retraite plus tard, de l’ambition dans leur carrière.

Débat

- Il faut mettre de l’argent dans les services publics ( crèches ).

- Il faut d’autres pratiques syndicales ( remise en cause par exemple de la notion de leader ).

- Les femmes se dévalorisent ( elles se sentent incapables de parler, ne le font pas ) à cause du regard dévalorisant posé sur elles : il existe des stratégies chez les hommes de valorisation en réunion, du genre ils vont citer leur camarade masculin mais pas la femme même si son idée est intelligente.

- Il faut imposer aux employeurs et aux syndicalistes des réunions à des heures décentes, sur le temps de travail plutôt ; refuser d’aller aux réunions suite à des convocations où son nom est précédé de "monsieur".
Témoignage d’A. Coupé : souvent seule dans carré de tête, derrière la banderole unitaire ; pas de femmes dans les SO ; reconnaît avoir beaucoup intégré le comportement masculin syndical ; il faut genrer les revendications ( toujours penser à l’impact sur les femmes des revendications ).

Vendredi 18 mars ( après-midi ) : Etre féministe hier, être féministe aujourd’hui

Différence avec les années 70 : le contexte économique ( la précarité ) et les politiques qui ont renforcé les problèmes de fond ( = inégalités professionnelles et maintien de la division sexuelle sociale du travail ).

Problèmes actuels :

- Tout le monde se dit féministe.

- Antiféminisme de certaines intellectuelles qui disent que tout est acquis ( comme E. Badinter ).

- Problème de la prostitution.

- Problème du religieux qui réaffirme un différentialisme inné entre hommes et femmes et prône un ordre moral dans lequel la sexualité est vue comme un péché.

- Risque de division du mouvement féministe unitaire depuis 1995 dans le CNDF ( polémique avec NPNS ).

Défis actuels :
- Aller vers les femmes des cités mais ne pas défendre que la laïcité comme NPNS,
- Faire des campagnes sur la contraception ( encore mal connue, notamment chez les jeunes ), son remboursement, les violences ...,
- Revendiquer l’égalité professionnelle via les syndicats qui doivent prendre en compte le quotidien.

Présentation de Mix-Cité : organisation de réflexion et d’actions pour diffuser le féminisme chez les jeunes femmes et hommes, mixte, 1996.

Présentation de la commission Droits des Femmes de l’UNEF : volonté d’intégrer des revendications genrées mais difficultés car urgence pas là ; travail sur l’avortement.

Présentation des Furieuses Falopes : organisation de femmes et de lesbiennes, non mixte ( mais non séparatiste ), travaillant sur les questions du queer ( subversion des genres masculin et féminin, travestissement, transexualité ... ), de la sexualité ; actions coup de poing ( comme perturber la messe à Notre Dame pour les propos contenus dans le dernier livre du pape ).

Débat

Débat sur l’unité du mouvement féministe ; ne pas se tromper d’ennemi ( ce n’est pas NPNS ) ; besoin de débats plus profonds.