Formation

Formation des enseignants : il faut aller vers l’avant, pas vers l’arrière Réaction de Sud éducation aux propositions du HCE

Le 31 août 2006 était publiée au Bulletin Officiel de l’Education Nationale une circulaire modifiant la formation initiale des professeurs des écoles, en supprimant un stage en responsabilité et en utilisant les stagiaires comme moyens de remplacements pour assurer dès la rentrée la décharge hebdomadaire de directeurs d’écoles, sans aucune formation préalable.

En conclusion de cette circulaire, il était écrit :
Les nouvelles dispositions concernant la formation initiale des professeurs des écoles sont mises en œuvre à la rentrée 2006, selon des modalités qui feront l’objet d’un suivi tout au long de l’année afin d’identifier des améliorations possibles et de mutualiser les expériences. Les partenaires de la formation disposent par conséquent au cours de l’année 2006-2007, de marges de manœuvre. Les pratiques efficaces feront l’objet d’un relevé et seront réinvesties dans le cadre de la mise en œuvre du futur cahier des charges de la formation des enseignants.

Et début novembre 2006, deux mois après la rentrée, les agences de presse nous annoncent que le Ministre de Robien va édicter en décembre 2006 la réforme de la formation des enseignants. Sans aucune évaluation du dispositif institué par la circulaire d’août 2006.

Un rapport du Haut Conseil de l’Education, rendu public récemment, donne quelques indications sur les changements négatifs à venir.

Comme tout organe technocratique, le HCE emploie des formules toutes faites (Le professeur doit être un professionnel de l’enseignement de sa ou de ses disciplines à des groupes d’élèves. Nul ne devrait être en charge d’une classe sans avoir été formé sur le plan professionnel. (...) Enseigner est un métier ; de bonnes connaissances disciplinaires ne suffisent pas à faire un bon enseignant.) destinées à faire croire qu’il vise une amélioration positive de la formation des enseignants.

En réalité, le HCE ne fait pas la proposition décisive qui s’impose, à savoir l’allongement du temps de formation initiale, actuellement réduit à une année après l’obtention du concours de recrutement. SUD éducation revendique l’allongement du temps de formation initiale des enseignants avec une prise en charge progressive de la classe au début de la carrière.

Le HCE limite très fortement les ambitions de la formation, en la cantonnant au « socle commun », et insiste lourdement sur l’idée que la finalité de l’Education Nationale serait de former des ouvriers et des employés. SUD éducation réaffirme que la mission première de l’Education, c’est de développer les connaissances, la réflexion et l’esprit critique de tous les jeunes.

Enfin, et c’est le plus grave, le HCE fait une recommandation visant à détruire un acquis important de la mise en place des IUFM : la nature des concours. Avant les IUFM, les concours, notamment pour le recrutement des professeurs de collèges et lycées, visaient à évaluer uniquement les connaissances académiques des candidats. Avec la mise en place des IUFM, les concours ont donné une place, certes limitée, à l ’évaluation de compétences didactiques chez les candidats, partant de l’idée qu’un enseignant n’est pas seulement celui ou celle qui maîtrise les savoirs universitaires correspondant à une discipline (ou une pluralité de disciplines chez les professeurs des écoles), mais aussi celui ou celle qui a les moyens de faire apprendre ses élèves.

Le HCE recommande au Ministre de revenir sur cet acquis (Le Haut Conseil de l’Education recommande que l’épreuve sur dossier des CAPES, CAPLP (disciplines d’enseignement général) et CAPEPS (L’épreuve orale d’entretien du CRPE devrait être analogue à celle des CAPES ) ne comprenne ni question didactique ni question administrative, même relative aux programmes. Cette épreuve gardera toutefois son utilité, notamment dans la perspective du socle, si elle est conçue comme un entretien qui permette d’évaluer un candidat, quelle que soit sa discipline, sur certaines qualités indispensables de l’enseignant : les capacités de lecture et d’argumentation (à partir d’un ou deux textes à analyser dans un premier temps, avant un échange ouvert avec le jury), la culture générale et l’ouverture d’esprit, l’aptitude à la communication, et la motivation pour ce métier ).

Pour SUD éducation, un tel retour en arrière serait inacceptable : pour recruter de futurs enseignants, on ne peut pas faire purement et simplement abstraction de la profession qu’ils vont réellement exercer. C’est pourquoi il faut au contraire développer des éléments de pré-professionnalisation, encore trop limités actuellement, pour que les futurs enseignants aient une idée claire de ce à quoi ils se destinent. La formation doit porter aussi sur des éléments de didactique, d’épistémologie et de réflexion pédagogique, car il est incompréhensible que la formation des enseignants exclue tout ce qui porte sur la pratique-même de la profession.

Tout doit être fait pour limiter à des cas rares et exceptionnels (futurs enseignants qui pourraient mettre en danger les élèves, atteinte à leur intégrité physique ou morale) l’élimination par non-validation de leur année de stage de collègues admis au concours. Les éléments théoriques et pratiques concernant la réflexion sur la profession enseignante doivent faire l’objet d’une épreuve suffisamment probante, avec des critères clairs et non arbitraires, pour assurer la qualité du recrutement et éviter au maximum que des candidats ne se fourvoient dans une voie qui ne leur convient en fait pas.

Sud éducation s’insurge contre l’approche régressive de l’éducation dont témoigne cette mesure, dans un contexte où les enseignants sont de plus en plus dépossédés de la réflexion sur leur profession, au profit d’injonctions dogmatiques et infantilisantes.

P.-S.

Sud éducation 78 fait partie de la Commission fédérale de Sud éducation "Formation Initiale et Continue des Personnels".