Ecole et dégradation sociale

Quelques réflexions sur la rentrée.

La décentralisation :

Depuis la loi de décentralisation de 2003, les personnels techniques, ouvriers et de service des collèges et lycées doivent être transférés respectivement aux conseils généraux et conseils régionaux. Outre la fragilisation des statuts de ces personnels, ce changement implique aussi des conséquences fâcheuses pour la population.

Suivant la richesse de chacun de ces conseils, nous verrons des disparités entre les départements et les régions pour l’accueil et l’entretien des locaux. Les régions riches auront davantage les moyens de conserver et gérer tout ce nouveau personnel, alors que les régions plus pauvres seront contraintes de diminuer les coûts salariaux afin d’éviter de trop augmenter les impôts locaux. Mais riche ou pauvre, toute région verra rapidement bien des avantages en termes de gestion et de contraction des coûts à sous-traiter progressivement au privé, qui dans ces secteurs n’hésite pas à recourir aux pires méthodes d’exploitation des salariés et de harcèlement pour produire des bénéfices.

Ce qui nous amènera, à terme, à la privatisation de ces services - notamment les cantines scolaires et le nettoyage, dont la rentabilité s’appuie sur l’exloitation flagrante des salariés et des services de moindre rapport qualité-prix (généralement facturés plus chers aux particuliers). Les établissements scolaires seront moins propres, avec une cantine chère et de mauvaise qualité, et cela constituera un élément de plus dans le tableau de la dégradation programmée de l’Education Nationale au profit de l’école privée.

Les remplacements :

Gilles de Robien, nouveau ministre de l’Education Nationale, a conservé les mesures du très impopulaire plan Fillon. Particulièrement impopulaire est le remplacement en interne et pour moins de 15 jours des collègues absents.

Cette mesure permettra à l’Etat de faire des économies en n’embauchant pas de professeurs remplaçants et elle permet aussi de casser le statut des professeurs qui date de 1950 en les obligeant à faire des heures supplémentaires imposées. On est loin de la réduction et du partage du temps de travail - c’est désormais l’ère dogmatique du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux !

Le prétexte pédagogique évoqué par le ministre ne tient pas. En effet, il n’y aura aucune continuité pédagogique entre les enseignements lorsque nous devrons remplacer au pied levé en heures sup nos collègues absents. Mais est-ce vraiment la préoccupation du Ministère, qui semble avant tout soucieux d’assurer un service de garderie à moindre coût et d’imposer aux profs une dégradation de leurs conditions de travail en renforçant le poids hiérarchique ? Tensions entre collègues et avec les directions sur ce sujet promettront de pourrir encore un peu plus le climat délétère que nos autorités font régner dans l’Education Nationale et les Services Publics, afin de privilégier plus facilement le privé, et les intérêts de leurs amis fortunés...

La Marseillaise :

Depuis la rentrée 2005, les élèves des écoles primaires doivent apprendre la Marseillaise par cœur. Pour renforcer la citoyenneté, ou pour exacerber un nationalisme en phase avec le climat ultra-sécuritaire ?

Il y a quelques mois, une loi qu’on peut qualifier de révisionniste a incité les profs d’histoire à présenter sous un jour favorable les bienfaits de la colonisation ! A quand la réhabilitation de Pétain en tant que défenseur de la patrie et vainqueur de Verdun ?

On installe des caméras à tour de bras dans les écoles, on renforce le contrôle social électronique et policier partout... Le discours d’extrême droite est notamment banalisé par un Ministres d’Etat chef de parti majoritaire plus préoccupé par son avenir présidentiel que par les ravages sociaux des politiques de haine et d’exclusion...

N’oublions jamais, pourtant, que lorsqu’on conforte les pensées extrémistes et fanatiques en valorisant les méthodes autoritaires et dictatoriales qu’elles prônent, on affaiblit d’autant les valeurs de la démocratie et de la citoyenneté. Rappelons-nous, aussi, que l’exacerbation du patriotisme est à l’origine de toutes les guerres !