Sud éducation 78 réagit aux déclarations ministérielles

Du démantèlement de la formation professionnelle des enseignants au pillage de l’Education Nationale

Le président Sarkozy a annoncé Lundi une évolution du recrutement des enseignants qui prétend "revaloriser" les "débuts de carrière" en exigeant une année de formation universitaire en plus "dès la session 2010". Les IUFM, déjà intégrés aux universités cette année, sont bel et bien condamnés, et avec eux l’année de "stage" où les lauréats du concours ont un service réduit pour compléter leur formation pratique.

Sous prétexte de "revalorisation" du début de carrière, on supprime donc en fait une année de formation rémunérée avec service réduit, dans un contexte où les difficultés à gérer sur le terrain sont croissantes. La qualité et les modalités de formation des personnels semblent encore une fois être le cadet des soucis de nos autorités, surtout déterminées à récupérer des moyens sur le dos du système public d’éducation, de plus en plus fragilisé. A côté de cette "revalorisation" en trompe-l’oeil, on peut de surcroît se demander ce qui est prévu pour les agents déjà en service.

Le ministre de l’Education a pu prétendre que le qualitatif devait désormais primer sur le quantitatif, mais c’est pourtant bien le pouvoir actuel qui n’aborde le système éducatif public que sous l’angle des économies de moyens par le biais de suppression de postes (encore 20.000 en 2009...), de filières (notamment technologiques, comme les STI vouées à disparaître), de sections ou d’options (toutes celles jugées "peu utiles socialement"), d’années d’enseignement (par exemple une année de BEP), et par l’augmentation des effectifs dans les classes... sans parler des innombrables mesquineries de la part de la hiérarchie que les collègues doivent subir au quotidien (nouvelles interprétations litigieuses de textes officiels, suppression de prime ZEP dans les lycées, heures supplémentaires ou indemnités non payées...).

Ces économies sont autant de moyens qui ne sont pas investis dans l’éducation de nos jeunes - il est sans doute préférable, dans la logique libérale de notre classe dominante actuelle, de cumuler ou d’augmenter les rémunérations de mandats électifs ou de faire aux grands patrons des cadeaux d’exonérations de charges et d’impôts sans aucune contrepartie ni exigence de résultats.

La défiance du pouvoir envers les personnels qui s’impliquent au quotidien dans leur mission d’éducation nous est par ailleurs une fois de plus jetée à la face :
"Le chef de l’Etat a par ailleurs souhaité que soient développés les dispositifs de recrutement hors éducation nationale" (Le Monde daté du 02-06-2008). Il ne reste plus qu’à assumer ouvertement le souhait plus global que l’éducation des jeunes soit assurée "hors éducation nationale" par des officines privées, commerciales, confessionelles ou patronales, et le démantèlement de notre système éducatif sera complet.

Les personnels doivent s’organiser et exiger des syndicats une stratégie d’opposition claire et efficace à ce démantèlement du système éducatif public. Nous ne voulons plus de petites journées de grève qui ne mènent nulle part : face aux ravages de la politique unilatérale et arrogante du gouvernement, il est grandement temps de construire un vrai rapport de force puisque nos autorités, tout en se gargarisant de rhétorique sur le "dialogue social" et la concertation, ne respectent que ce langage.

Sud éducation 78, le 5 juin 2008

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