Contre quelques idées toutes faites à propos du mouvement de grève dans l’Education Nationale par Agnès Valette

Refusons-nous les réformes ? Non, nous refusons ces réformes, les réformes du gouvernement qui visent à faire des économies, sans réfléchir aux questions de personnes et sans réfléchir à l’avenir.

Ce qui est présenté comme des concertations se traduit dans les faits par des envois de lettres ordonnant des économies auxquelles nous n’avons qu’à nous plier, alors que nous devons faire face à des questions humaines. L’exemple le plus récent est une lettre envoyée par notre rectorat demandant de diminuer de 1% la quantité d’heures réservée aux enseignements. Au mois de mars, les conseils d’administration avaient déjà fait leur répartition préparant la rentrée 2003-2004. C’est ce chiffre qui doit être revu à la baisse, sans justification aucune, alors que les premiers calculs prenaient déjà en compte le nombre d’élèves prévus pour la rentrée. 1% d’horaire en moins, c’est énorme à l’échelle de l’établissement ; cela enlève des possibilités de dédoublement qui ne sont jamais superflus, cela enlève aussi des postes d’enseignants, cela grossit les effectifs des classes...

C’est également par une lettre que les personnels concernés par la décentralisation (Co-psy, assistantes sociales, conseillers d’orientation, médecins scolaires, personnels d’entretien) ont appris qu’ils allaient appartenir à la fonction territoriale... Qu’est-ce que cela change ? Ce mode de gestion par les régions risque de rendre les choses bien plus pénibles pour tous. Les régions qui doivent tester ce nouveau système vont recevoir une enveloppe gouvernementale, qui ne couvre pas tous les frais engendrés par de tels déplacements de compétences. A elles de se débrouiller pour couvrir tous les frais. Une augmentation des impôts locaux s’impose, et elle sera importante, mais sans doute pas suffisante et personne, dans le gouvernement Raffarin, n’a encore osé en parler... Ce déplacement de fonctionnaires s’accompagne d’une volonté de la part du gouvernement d’orienter les jeunes en fonction des besoins des entreprises locales. Quand ceux-ci auront été formés pour ces entreprises-là, qu’adviendra-t-il d’eux si, comme on le voit aujourd’hui, l’entreprise décide de délocaliser, ou de réduire son personnel pour faire plus de bénéfices ? Garderont-ils un choix libre pour leur orientation, et leur avenir ?

Alors, quelle garantie avons-nous que les personnels indispensables à l’Education Nationale (et je souligne cette expression que le gouvernement lui-même a fait disparaître de son vocabulaire dans les derniers journaux officiels) resteront dans nos établissements pour exercer leur rôle ? Aucune. Quelle égalité des chances dans le système de décentralisation selon notre premier ministre ? Aucune, car disposent-elles toutes des mêmes richesses à la base ?

Et c’est dans ce nouveau système, dont l’appauvrissement et la désorganisation sont programmés que l’on veut nous faire travailler encore plus longtemps... Ajoutons que les récents rapports demandés par le conseil d’Etat indiquent comment privatiser l’Education, supprimer les concours de recrutement des professeurs et concorde étrangement avec les directions décidées par les Accords Généraux de Commerce sur les Services (AGCS, une émanation de l’OMC) : les décisions présentes apparaissent comme un prélude à cette évolution. On veut nous imposer une Ecole à l’anglo-saxonne, alors que l’on voit clairement les insuffisances de cette dernière. Ferons-nous les mêmes erreurs que les autres ?

Nous ne cherchons pas ici a être exhaustifs ; le point commun entre toutes les décisions est qu’elles sont autoritaires et orientées vers une politique ultra-libérale qui met à mal les fondements mêmes de notre République Notre système connaît des dysfonctionnements (dus à des réformes précédentes) mais il comporte des forces indiscutables, qui sont admirées et qui fonctionnent.

Si les personnels de l’Education nationale font grève aujourd’hui, c’est parce que les « négociations » dont parle le gouvernement se limitent à de l’information autoritaire, c’est parce que leur protestation n’a pas été entendue, ou parce qu’elle est niée ouvertement par les ministres. La grève est la dernière chance de faire entendre notre voix et d’alerter l’opinion publique non pas sur notre sort, mais sur le sort de notre école. Le gouvernement a été élu pour cinq ans ; n’avait-il pas le temps d’organiser de vraies concertations et de les mettre en œuvre ?