Conseils de lecture 2

Sélection de lectures conseillées, 2 - par Xavier :

Travail, les raisons de la colère, Vincent de Gaulejac (Seuil, 2011)

Quatrième de couverture :
Les signes d’une crise profonde se multiplient dans les organisations et plus largement dans le monde du travail : stress, burn out, dépressions, suicides, perte de sens, précarité, pertes d’emplois, révoltes, manifestations, séquestrations, occupations ; autant de manifestations destructives qui semblent toucher l’ensemble des entreprises et des institutions, privées et publiques... Mais peut-on encore parler de crise lorsqu’elle devient permanente ?
Ce livre explore les sources de cette situation inquiétante. Il décrit les liens entre la dimension psychologique du mal-être, les mutations organisationnelles et les transformations du capitalisme financier. La « révolution managériale » qui devait réconcilier l’homme et l’entreprise conduit à la lutte des places et au désanchantement. L’idéologie gestionnaire transforme l’humain en ressource au service de la rentabilité de l’entreprise. La souffrance au travail manifeste une nouvelle exploitation psychique, toute aussi réelle que l’ancienne exploitation du prolétariat dans le capitalisme industriel. La colère gronde chez les salariés confrontés à des restructurations, des réorganisations permanentes qui leur semblent aussi violentes qu’injustifiées. Dans les institutions publiques, la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) engendre désorganisation et désespérance. La frénésie modernisatrice, la culture du résultat et l’obsession évaluatrice créent un monde pathogène et paradoxal. Face aux violences innocentes de cette « nouvelle gouvernance », les salariés semblent n’avoir pas d’autre choix que de se révolter ou de se détruire.
Entre la colère et la dépression, d’autres voies sont pourtant possibles. En sociologue clinicien, l’auteur propose un diagnostic approfondi à partir duquel il définit les conditions qui permettraient de « travailler mieux pour vivre mieux ».

Avis de Xavier :
Ce livre est le bilan du travail d’un sociologue, d’où certaines longueurs pour bien cadrer le problème étudié et définir les termes utilisés. Mais ce travail s’appuie sur des exemples de situations, parfois dramatiques, dans plusieurs entreprises ou institutions, ce qui rend l’ensemble très intéressant, clair et presque évident.

Eloge du conflit, Miguel Benasayag et Angélique del Rey (La Découverte, 2007)

Quatrième de couverture :
Dans les sociétés occidentales hyperformatées, l’idée même du conflit n’a plus de place. Les conceptions de la vie commune tendent vers l’intolérance à toute opposition. Le minoritaire doit se soumettre à la majorité et, de plus en plus, contestataires et dissidents semblent relever de l’"anormal". Dans cet essai iconoclaste et bienvenu, Miguel Benasayag et Angélique del Rey explorent les racines et les effets délétères de cette idéologie.
En refoulant les conflits, nos contemporains se laissent envahir par l’idéal de transparence : toute opacité dans leurs relations devrait être éradiquée, car elle impliquerait l’altérité, et donc, l’ennemi potentiel. Une illusion dangereuse à laquelle peuvent aussi succomber certains contestataires qui critiquent le système avec ses propres catégories : au lieu de s’affirmer comme des "autres", sujets d’une multiplicité subversive, ils s’en tiennent à revendiquer des droits, confortant l’idée que les "valeurs" de l’idéologie dominante sont nécessairement désirables par tous.
Analysant les différentes dimensions du conflit - entre nations, dans la société ou au sein même de l’individu -, les auteurs mettent à jour les ressorts profonds de la dérive conservatrice des sociétés postmodernes. Ils démontent aussi bien les illusions de la "tolérance zéro" que celles de la "paix universelle" : nier les conflits nés de la multiplicité, ceux dont la reconnaissance fait société, c’est mettre en danger la vie. Le refoulement du conflit ne peut conduire qu’à la violence généralisée, et l’enjeu auquel nous sommes tous confrontés est bien celui de l’assomption du conflit, "père de toutes choses" selon Héraclite.

Avis de Xavier :
Essai philosophique parfois difficile à suivre pour moi mais j’ai tout de même trouvé quelque idées très intéressantes. En particulier, l’idée de résister par la recherche du conflit au niveau local (plutôt que global) m’a semblé faire sens avec notre action syndicale.

A l’école des compétences, Angélique del Rey (La Découverte, 2010)

Quatrième de couverture :
Professeure de philosophie, l’auteure de ce livre a été confrontée comme nombre d’enseignants à une force incitation émanant de l’Education nationale : celle d’évaluer systématiquement les « compétences acquises » par les élèves, sur des critères préétablis. Frappée par l’utilitarisme de cette méthode, elle a voulu en savoir plus sur son origine. A sa grande surprise, elle a découvert l’omniprésence de l’ « approche par compétences » dans l’éducation : depuis les années 1980, celle-ci est de plus en plus utilisée, dans les pays du Nord comme du Sud, de la maternelle à l’université, pour l’évaluation personnelle des élèves comme pour celle des systèmes éducatifs nationaux. Ce qui l’a amenée à explorer un univers méconnu ; celui du « marché des compétences », fondé sur la théorie du « capital humain », promue par des institutions internationales comme l’OCDE et l’Unesco.
Ce livre restitue l’enquête conduisant à ces découvertes, la prolongeant par un double questionnement. Si l’approche par « compétences » progresse dans les systèmes éducatifs grâce à l’ignorance de celle qu’elle recoure, les enseignants n’en sont-ils pas les instruments inconscients ? Mais comment s’opposer à une approche qui se place au service de l’individu et de son « employabilité », même si elle opère ainsi la transformation de l’Education nationale en « fabrique de ressources humaines » ? S’appuyant sur l’analyse de pratiques concrètes d’enseignement, Angélique del Rey explore les voies d’une « autre école » qui, plutôt que d’armer les élèves pour une « vie moderne » standardisée, assume les défis de la situation.
Elle plaide pour qu’enseignants et parents encouragent par leur éducation, les jeunes à « suivre leur chemin », quitte à les mettre en conflit avec les principes utilitaristes qui prévalent. C’est le prix pour que ceux-ci sachent demain s’épanouir dans le monde et le transformer.

Avis de Xavier :
Facile à lire, ce livre est un examen clair et complet de l’approche par compétences imposée à l’école par le néolibéralisme. Il permet ainsi de prendre du recul par rapport à l’ « intérêt » des compétences (pour l’évaluation en particulier) qu’on essaie de nous vendre à tout prix. Il me semble que l’auteure n’insiste pas assez sur les différences fondamentales entre l’approche par compétences imposée par le monde économique et l’approche par compétences proposée par les pédagogies dites actives.

Revue N’autre école, CNT travailleurs de l’éducation

Présentation sur le site web :
Au congrès fédéral de Perpignan en mars 2002, les syndicats de la Fédération CNT des travailleurs de l’éducation (FTE-CNT) ont décidé d’éditer N’autre école, revue fédérale de débat et de réflexion qui complète Classes en lutte, le bulletin fédéral de lutte et d’informations syndicales et les bulletins locaux des syndicats de l’éducation. Alors que peu à peu la CNT (Confédération Nationale du Travail, anarcho-syndicaliste), et plus particulièrement en ce qui nous concerne la Fédération des travailleurs de l’éducation (FTE-CNT), commence à faire entendre sa voix différente dans les luttes syndicales, ses militants ont pris la décision de se lancer dans une nouvelle aventure, le lancement d’une revue sociale, syndicale et pédagogique. Ce choix est tout autant guidé par le développement de notre organisation que par une situation syndicale et pédagogique que nous souhaitons influencer et orienter dans un sens révolutionnaire. Publier une revue, l’idée n’est pas nouvelle, beaucoup existent et si nous nous lançons dans cette aventure, c’est que nous pensons que la crise qui traverse le mouvement syndical et l’école exige que s’ouvrent de nouveaux espaces de réflexion, des lieux d’action et d’éducation pour tous ceux qui militent pour une autre école et un autre futur. La revue se veut ouverte aux pédagogues, aux syndicalistes, aux militants associatifs, aux collègues (enseignants ou non) mais également à tous les acteurs des luttes sociales qui pensent avec raison que l’école est au centre de notre société et qu’il est tout aussi impératif de lutter pour une autre école.
Sans permanents ni "professionnels" du syndicalisme, forts de nos expériences quotidiennes, de nos principes syndicalistes révolutionnaires, nous tenons à faire une revue avec un esprit de lutte, de discussion, de curiosité et de pragmatisme. Espace de rencontres, de débats, d’échanges et d’action, N’autre école s’articulera à chaque numéro, autour d’une grande question. Parce que nous sommes, par notre métier et notre militantisme des acteurs de terrain, nous savons pertinemment qu’il n’existe pas de réponses toutes faites et nous n’entendons pas en proposer. Parce qu’aucune lutte pour l’émancipation, dans et en-dehors de l’école, ne nous laisse indifférents, nous savons également que le temps manque pour un retour réflexif sur ces combats. Analyser, dénoncer, transformer, agir, éduquer, émanciper… voilà les principes qui nous guident. Loin du syndicalisme corporatif en pleine déconfiture, loin du pédagogisme contaminé par les idéologies ministérielles de droite ou de gauche, c’est vers une pensée et des pratiques concrètes révolutionnaires que nous tendons. Plus qu’une revue, les pages que vous lirez sont un appel à la réflexion, à l’action, à l’expérimentation et au bout du compte à l’indispensable révolution sociale, éducative et pédagogique, pour que de nos discussions et de nos luttes naissent "n’autre école" et "n’autre futur".

Avis de Xavier :
Revue « sociale, syndicale et pédagogique » à découvrir absolument ! A chaque numéro (trimestriel), un thème est abordé (évaluation, compétences, avenir de l’école, démocratie à l’école,...). Les articles sont riches d’opinions diverses et toujours intéressantes.