Le Courrier de Mantes - 8 décembre 2004

104 caméras de surveillance au lycée Rostand : un projet qui inquiète par Denis Pelletier et Isabelle Cziffra

[Article des journalistes du Courrier de Mantes Denis Pelletier et Isabelle Cziffra, publié le 8 décembre 2004, après la réunion publique sur la vidéosureveillance que nous avons organisée à l’Agora de Mantes avec DECIL et "souriez vous êtes filmés" le 30 novembre 2004]

Les militants de l’association Démocratie et Citoyenneté Locale (DECIL) dénoncent les dangers d’une politique sécuritaire déshumanisée. Ils menaient un débat, mardi dernier, à l’Agora, au cours duquel a été évoqué le projet de vidéosurveillance du lycée Jean-Rostand.

Le débat organisé des militants de DECIL a réuni une cinquantaine de personnes. La récente intrusion de la police, aux Mureaux, dans l’appartement d’une mère de famille handicapée parce qu’une caméra de surveillance n’avait pas fait la différence entre une arme et le jouet en plastique dans les mains de son fils donnait tout son caractère d’actualité à une réflexion sur les moyens techniques de surveillance.

Deux professeurs du lycée Jean-Rostand, syndicalistes de Sud Education, ont décrit le « cas d’école » de leur établissement où doivent être installées 104 caméras (voir encadré). Le personnel enseignant est défavorable à la vidéosurveillance alors qu’on supprime des postes de surveillants. « C’est un problème de démocratie ; une caméra, ça ne dialogue pas », déclarent-ils en considérant qu’on ne peut à la fois éduquer les élèves à la responsabilité et les traiter en suspects permanents. « Cela développera des comportements de défi et d’agressivité », concluent-ils.

Le monde de Big Brother

A la tribune avaient pris place les représentants des associations « Souriez vous êtes filmés » de Paris et « Espace Public Libre » de Saint Germain-en-Laye. Pour le travailleur social Yazid Kerfi, la vidéosurveillance se développe au même rythme que se délite la politique sociale. « La prévention situationnelle remplace la prévention sociale », déplore-t-il. « A Mantes, en centrant les efforts sur la police municipale, dont les effectifs ont triplé, on traite les symptômes, mais pas les causes. Le résultat, c’est une criminalisation de la pauvreté, un déplacement d’une délinquance qui devient souvent plus violente, mais pas une réelle diminution ».

Comme lui, le conseiller municipal DECIL Joël Mariojouls stigmatise « la politique de classe » que constitue le projet d’installation d’une quinzaine de caméras, presque toutes au Val Fourré. « L’opposition à la vidéosurveillance n’est pas synonyme de laxisme », déclare-t-il en réclamant une réelle évaluation des résultats là où elle est déjà utilisée.

Les orateurs ont tracé le parallèle entre l’accroissement des installations matérielles et la diminution des moyens en personnel (désertification des gares). Une société déshumanisée, fondée sur l’individualisme et la peur, faisant fi des libertés individuelles serait l’aboutissement de cette évolution.

Lors du débat, un commerçant du Val Fourré s’est interrogé non sur le principe de la vidéosurveillance, qu’il ne désapprouve pas, mais sur son utilisation : quels emplacements ? qui surveille ? « C’est un outil qu’il faut dompter », dit-il.

Venue en fin de soirée, la candidate à l’élection législative Françoise Descamps-Crosnier a soutenu les participants dans leur refus d’instrumentaliser la surveillance sociale. « L’utilisation des images filmées pose problème », déclare-t-elle en accordant sa préférence à des solutions alternatives que permet la démocratie participative.

Denis Pelletier


Le proviseur cherche une parade aux dégradations

A Jean-Rostand, le conseil d’administration est favorable à l’installation d’un réseau de caméras. « Une mesure nécessaire au vu des dégradations commises par les élèves dans l’établissement, explique le proviseur Catherine Marsaleix. Les extincteurs des couloirs sont souvent vidés, les vitres des boîtiers d’alarme sont cassées. On déplore aussi des portes fracturées, des vols, des graffitis et des violences entre élèves... Des comportements dangereux qui coûtent cher au lycée. Ce dispositif préventif devrait freiner les ardeurs de nos jeunes ».

Feu vert du CA

Le conseil d’administration a déjà donné son feu vert en avril 2003. Une délégation de parents, d’élèves et de professeurs de Jean-Rostand s’est même rendu au lycée Viollet-le-Duc, à Villiers-Saint-Frédéric, pour voir comment le système avait été mis en place.

L’établissement mantais, d’une superficie de 20 000 m2, envisage l’installation d’une centaine de caméras. Le réseau sera réparti dans les cinq bâtiments du lycée. Les images ne seront contrôlées qu’en cas d’incident et s’effaceront automatiquement tous les quinze jours. Si nécessaire, la vérification s’effectuera depuis le bureau du gestionnaire, du proviseur, ou de l’un de ses adjoints.

Pas pour 2005

« Nous avons sollicité le financement du conseil régional, explique Catherine Marsaleix. La région attend que nous lui soumettions un relevé du nombre précis de caméras à installer. Nous sommes en train de le définir avec l’Apave, organisme spécialisé dans la sécurité. La facture sera élevée au vu de la taille du lycée. Il faudra prévoir plusieurs tranches. Mais nous ne savons pas encore si la première pourra être réalisée pour la rentrée 2005 ».

Ce vaste projet de caméras de surveillance n’a rien d’insolite pour le conseil régional. En 2004, la région a déjà financé plusieurs dispositifs similaires dans sept lycées franciliens pour des montants compris entre 10 000 et 81 000 € (Jean-Perrin à Saint-Cyr-l’Ecole, lycée de l’hôtellerie à Paris 19e...).

Sept lycées équipés en 2004

Par ailleurs, le budget relatif aux opérations de sécurisation des établissements est en constante augmentation (1,46 M€ en 1999 contre 7,41 M€ en 2003). 50 % des opérations visent à défendre l’accès de lieux protégés (portails automatiques, clôtures, alarmes anti-intrusion...), 24 % correspondent à l’installation ou au renforcement du système de vidéosurveillance, 26 % protègent les salles informatiques ou les logements de fonction contre le vol.

Isabelle Cziffra